Le patrimoine français sacrifié en pure perte depuis 1986 :
Le cumul des privatisations ne représentent que 1,5% de la dette
Question
Les privatisations ont-elles rempli leur objet : renflouer la France face à sa dette ?
L’infographie ci-dessous estime à quelques 127 Mrds d’€ le rapport des ventes des sociétés nationales vendues au privé depuis 1986.
Face aux 2 400 Mrds de la dette actuelle, augmentés des 1 700 Mrds d’intérêts déjà versés au cours de la même période, les 127 Mrds de ces ventes en représentent à peine 3,1%.
Si l’on ajoute au calcul, les bientôt 5 000 Mrds de dette hors-bilan, le rapport tombe à 1,5% de la dette réelle.
Si, en miroir, on envisage les gains engrangés par les intérêts privés qui ont hérité de ces patrimoines, on peut considérer qu’ils auraient été bien plus utiles à la rentabilité de « l’entreprise nationale » et participer bien plus certainement à « éponger » la soi-disant dette.
La réponse à la question initiale est donc négative.
Alors à quoi donc ont servi les privatisations ?
Réponse simple : à l’enrichissement du secteur privé et particulièrement à l’enrichissement d’un cercle restreint d’oligarques, amis des élus complices de la spoliation du patrimoine français.
Attention les chiffres qui suivent sont en francs puis en euros
Privatisation en France
Gouvernement Jacques Chirac
Selon l’édition 2001 de L’État de la France (La Découverte), en 1986–1988, le gouvernement Chirac avait vendu pour 100 mrds de frcs (valeur 1999) d’actifs publics. D’autres sources avancent le chiffre de 70 ou 72 mrds de frcs
Saint-Gobain, 1986 (8,4 mrds de frcs).
Paribas, 23 janvier 1987, mise en bourse de 100 % du capital (OPV), (12,8 mrds de frcs).
TF1, 16 avril 1987, Bouygues devient actionnaire de référence, (4,4 mrds de frcs).
Crédit commercial de France, 7 mai 1987, mise en bourse de 100 % du capital, (2,2 mrds de frcs).
Compagnie générale d’électricité (la CGE devient Alcatel-Alsthom puis Alcatel en 1998) 23 mai 1987, mise en bourse de 100 % du capital, 2,5 millions de souscripteurs, 5,4 mrds de frcs).
Société générale, 27 juin 1987, mise en bourse de 100 % du capital, (17,2 mrds de frcs).
Banque du bâtiment et des travaux publics, 1987 (0,4 mrd de frcs).
Suez (groupe) (14,9 mrds de frcs).
Gouvernement Michel Rocard
Gouvernement Édouard Balladur
L’ensemble des privatisations sur la période 1993–1995 aurait rapporté 114 mrds de frcs en 3 ans.
Gouvernement Alain Juppé
L’ensemble des privatisations sur la période 1995–1997 aurait rapporté 40 mrds de frcs en 18 mois.
AGF, 1996, mise en bourse de 51 % du capital, l’État ne conservant que 2 %.
CGM (Compagnie générale maritime), 1996, vente de gré à gré, pour 20 millions de frcs, à la Compagnie maritime d’affrètement (CMA) qui devient CMA-CGM.
Compagnie française de navigation rhénane (CFNR), 8 novembre 1996, vente de gré à gré à l’association technique de l’importation charbonnière (ATIC) des 75,7 % du capital détenus par l’État.
BFCE, 1996, vente de gré à gré au Crédit national. La fusion de ce dernier avec la BFCE donne naissance à la banque Natexis.
Gouvernement Lionel Jospin
L’ensemble des privatisations sur la période 1997–2002 aurait rapporté 210 mrds de frcs en cinq ans.
Air France, 1999, ouverture du capital.
Autoroutes du sud de la France (privatisation partielle)
Mars 2002 : mise en bourse de 49 % du capital, recette : 1,8 milliard d’€.
Crédit lyonnais, 12 mars 1999 (décret)
France Télécom, 1997, ouverture du capital, 42 mrds de frcs.
Thomson Multimédia 1998, ouverture du capital et suite en 2000
Aérospatiale (EADS), 2000, ouverture du capital.
Gouvernement Jean-Pierre Raffarin
L’ensemble des privatisations sur la période 2002–2005 aurait rapporté 13 mrds d’€ en 3 ans.
Autoroutes Paris-Rhin-Rhône (privatisation partielle)
France Télécom (5.1 mrds d’€)
Septembre 2004 : mise en bourse de 10,85 % du capital (part résiduelle de l’État : 42,25 %)
SNECMA, (2.2 mrds d’€)
Société des autoroutes du Nord et de l’Est de la France (privatisation partielle)
Crédit Lyonnais (2.2 mrds d’€)
Thomson (0.95 milliard d’€)
Gouvernement Dominique de Villepin
Sur la période 2005–2007, il y eut les privatisations suivantes :
Société des autoroutes du Nord et de l’Est de la France (privatisation totale par cession de gré à gré du solde du capital – 75 % – sur appel d’offres, pour 4,03 mrds d’€)
Autoroutes Paris-Rhin-Rhône (privatisation totale par cession de gré à gré du solde du capital – 70 % – sur appel d’offres)
Autoroutes du sud de la France (privatisation totale par cession de gré à gré du solde du capital – 51 % – sur appel d’offres)
Gaz de France, 8 juillet 2005, mise en bourse de 20 % du capital, dont une partie en augmentation de capital. L’opération rapporte environ 2,5 mrds d’€ à l’État et 2 mrds à l’entreprise.
SNCM (privatisation partielle)
Électricité de France (privatisation partielle), novembre 2005
Aéroports de Paris, (privatisation partielle)
DCNS, ancienne Direction des constructions navales (privatisation partielle)
Gouvernement François Fillon
Sur la période 2007–2012, le gouvernement Fillon a peu privatisé. La Crise bancaire et financière de l’automne 2008 a fait baisser les cours boursiers, rendant toute privatisation peu rentable financièrement.
GRTgaz, 2011, ouverture de capital
Gouvernement Jean-Marc Ayrault
Sur la période 2012–2014, le gouvernement de Jean-Marc Ayrault a procédé à différentes privatisations partielles :
Mars 2013 : cession de 3,12 % du capital de Safran, ce qui a rapporté 448,5 millions d’€ à l’État qui détient encore 27,08 % du capital
Avril 2013 : cession de 3,66 % du capital d’EADS, ce qui a rapporté 1,2 mrd d’€ à l’État qui s’est engagé à céder encore 0,4 à 0,5 % du capital
Avril 2013 : Arnaud Montebourg se déclare en faveur de baisse de la participation de l’État dans certaines entreprises et évoque en particulier, sans les citer, EDF et GDF Suez
Mai 2013 : Jean-Marc Ayrault envisage une baisse du taux de participation de l’État dans le capital de certaines entreprises
Juin 2013 : cession de 9,5 % du capital d’Aéroports de Paris pour 738 millions d’€. L’État conserve 50,6 % du capital
Novembre 2013 : cession de 4,7 % du capital de Safran, pour environ 900 millions d’€. L’État détient désormais 22,4 % du capital
Janvier 2014 : cession de 1 % du capital d’Airbus Group, anciennement EADS, pour environ 450 millions d’€
Gouvernement Manuel Valls
Sur la période 2014–2016, il y eut les privatisations suivantes :
Décembre 2014 : cession de 49,9 % du capital de l’Aéroport de Toulouse-Blagnac pour 308 millions d’€13,14. L’Etat conserve 10,1 %, la Chambre de commerce et d’industrie de Toulouse 25 % et les collectivités territoriales 15 %.
Mars 2015 : cession de 3,96 % du capital de Safran pour environ 1 milliard d’€. L’Etat détient 18,03 % du capital
Novembre 2015: cession de 2,64 % du capital de Safran pour 753,5 millions d’€. L’Etat détient 15,39 % du capital
Novembre 2016 : cession de 60 % du capital de l’Aéroport de Lyon-Saint-Exupéry pour 535 millions d’€. La Chambre de commerce et d’industrie de Lyon conserve 25 % et les collectivités territoriales 15%
Novembre 2016 : cession de 60 % du capital de l’Aéroport de Nice-Côte d’Azur pour 1,222 milliard d’€. La Chambre de commerce et d’industrie de Nice-Côte d’Azur conserve 25 % et les collectivités territoriales 15%
Novembre 2016 : cession de 1,39 % du capital de Safran pour 365 millions d’€. L’Etat détient 14,00 % du capital
Gouvernement Édouard Philippe
Groupe ADP (en attente du fait du RIP en cours),
Française des jeux (novembre 2019),
EDF (projet Hercule : scission de l’entreprise en deux parties, une 100% et une autre privatisée).
SNCF Devenue une SA depuis le 1er janvier 2020.