Décadence


Don quichotte
Jacques Brel dans le rôle de Don Quichotte

Chaque époque voit, un jour ou l’autre, s’éroder l’équilibre précaire qui la maintient et, une fois cet équilibre détruit, l’époque qui suit voit des hommes s’épuiser à en consolider un nouveau. On ne sait si les choses ont toujours été ainsi, de mal en pis. On note aussi, non sans amertume, que les historiens peinent à identifier les moments où les choses ont parfois été de mal en mieux.

Les « parenthèses enchantées » sont rares et, seule l’intensité de la nostalgie les consacre après qu’elles se soient refermées. Ainsi les peuples ne jouissent jamais totalement des félicités fugaces qui leurs sont offertes parce que, tout simplement, ils ne savent pas qu’ils les vivent au moment où ils les vivent.

Par contre, les naufrages sont spontanément reconnus. Guerres, famines, pauvreté s’annoncent avec fracas, sans équivoque, accompagnées de leurs cohortes de morts et de misères. Il ne faut jamais longtemps pour qu’après les premiers signes avant-coureurs, la Nuit étende son ombre de malheurs sur la Contrée. Quelles qu’en sont les raisons, pendant des millénaires, chacun en paye le prix, des gueux affamés aux puissants pourfendus par le glaive.

Pourtant, il est une autre sorte de naufrages, plus subreptices, qui mettent du temps à se produire et à l’issue desquels les puissants survivent… parfois.

Il est des époques de ruines où les puissants troquent leur honneur pour leur confort, ensuite pour un sursis, et à la fin pour sauver leur vie.

Il est des époques de ruines où les puissants démembrent les gueux comme on arrache les pétales des fleurs.

Il est des époques de ruines où l’honneur des puissants pourrait tout sauver.

Il est des époques de ruines où les puissants se moquent de perdre leur honneur parce qu’ils n’en ont plus, parce qu’ils n’en ont jamais eu.

Ces époques s’appellent Décadence.


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