On reproche à Israël de ne pas être l’État vertueux et exemplaire qu’on voudrait qu’il soit.
Malgré le conflit, les menaces, les attaques permanentes, on voudrait que toujours ! Israël soit d’une droiture sans faille. Et lorsqu’il s’y efforce, on ne veut pas le voir et pire ! on l’accuse de faire le contraire.
Auprès de quels autres pays, exige-t-on vertu et exemplarité avec tant de constance et de sévérité ?
C’est beaucoup d’ambition pour un tel pays…
Si encore cette ambition était posée pour ériger une estime constructive à son endroit. Mais on comprend bien que l’ambition en question est hypocritement posée pour plomber tous les efforts qu’Israël produit pour en être digne.
En vérité, cette exigence de vertu et d’exemplarité est un piège.
Si ce fantasme idyllique ne s’est pas réalisé… c’est qu’il n’est pas réaliste.
Israël n’est pas le pays de tous les nobles idéaux révélés. En tout cas, tant qu’il ne sera pas en paix et en sécurité.
Il était attendu (c’était sans doute l’intention) qu’avec de tels handicaps infligés dès le départ (1948), Israël finisse par décevoir.
Mais d’où vient cette exigence, jamais imposée à aucune autre nation ?
On connaît le syndrome du « meurtre symbolique du Père » décrit en psychanalyse comme l’acte émancipateur de l’enfant qui entre dans l’âge adulte.
Le meurtre du peuple juif (non symbolique celui-là !) procède de la même logique.
Le Juif est idéalisé, on voudrait qu’il soit parfait, sans tache.
Quand un juif commet un crime, ce sont TOUS les juifs qui sont responsables. Un juif tue une vieille dame… ? C’est parce qu’il est juif. Qu’il soit fou, déséquilibré ou tout simplement un criminel, on s’en moque ! Il est juif avant d’être un meurtrier.
Le Juif doit être parfait… ou ne doit pas être.
Les « autres » (non-juifs) peuvent commettre les pires exactions, les pires crimes… on les combat, on les condamne, on les désapprouve mais on n’essentialise pas leur crime. Leur peuple, leurs enfants, leurs descendants ne porteront pas la responsabilité de leur crime pour des siècles et des siècles… mais le Juif, oui.
Le Juif est le véhicule fantasmé de la vertu faite homme, et comme le Père qui, forcément, un jour descend de son piédestal, le Juif est sacrifié…
Le Juif est comme le premier de la classe qu’on bizute avec plus encore de cruauté parce que, justement, il est le bon élève qu’on jalouse, celui qui déclasserait les autres si, par malchance, il pouvait se présenter à l’examen. Le Juif doit être empêché coûte-que-coûte. Et tout au long de son histoire, du moyen-âge à aujourd’hui, tous n’ont eu de cesse de le massacrer, hommes, femmes, enfants, vieillards ; la charrette est lourde de millions de cadavres.
Le Juif est à l’évidence le Bouc-émissaire dans lequel on place sa propre ignorance, ses propres faiblesses, ses propres péchés, pour que ces derniers soient effacés incognito, glissés sous le tapis, consumés dans les flammes. A croire qu’un juif a ce pouvoir magique d’emporter votre propre honte dans les nues s’élevant de son corps calciné, inerte, anéanti, effacé, oublié.
A défaut de pouvoir – de vouloir – être absous de ses fautes, l’Humanité brûle le Juif pour éviter la confession.