Terre à Vendre contre Terre à Défendre
En 2024, on voyait se profiler le déclin de l’Empire Américain avec, concurremment, la montée en puissance du club des BRICS, le renforcement de l’assise de la Chine, la partie d’échec entamée en Ukraine tourner à l’avantage de la Russie, la chute pathétique des pays européens, et l’espoir naître en Afrique avec des pays embrassant enfin concrètement leur volonté d’indépendance poussée par la survenue de quelques leaders éclairés.
En 2024, le Dollar était voué à être détrôné, l’Euro voué à sombrer, et une forme monétaire, encore indéfinie mais irrésistible, vouée à remodeler l’ordre monétaire mondial secrétée par les BRICS. Le tout adossé à des synergies mûrement réfléchies entre ressources et industries des pays du « Sud Global » toujours plus nombreux, solidaires et toujours plus efficaces.
En 2024, l’Occident désindustrialisé, sans ressources, était promis à un recul historique.
En 2024, l’Occident « dégénéré » devait recueillir les fruits pourris de sa morgue inconséquente et de ses vanités imprudentes.
En 2024, « l’Occident collectif » – ainsi nommé par Poutine – était dirigé par une troupe de « young global leaders » issus de l’académie mondialiste de Davos, jeunes loups sans colonne vertébrale, sans Culture, sans Histoire, sans passé et donc sans vision autre que l’égrènement de leurs tableaux excel sertis dans leur power-point sans poésie.
Tous ceux-là, baudruches sans Nation, s’étaient vus catapultés au pouvoir à la verte quarantaine, avides de Unes médiatiques, Rastignac ambitieux et « Bel ami » sans autre projet que de servir leurs mentors, caciques de la haute finance souterraine et globaliste : Justin Trudeau (CA), Emmanuel Macron (FR), Rishi Sunak (GB), Giorgia Meloni (IT), Pedro Sanchez (ESP), Alexander De Croo (BEL), Mark Rutte (ND), Xavier Bettel (LUX), Mette Frederiksen (DK), Leo Varadkar (IRL), Sanna Marin (FIN), Kaja Kallas (EST), Ingrida Šimonytė (LIT), Zuzana Čaputová (MOL), Níkos Christodoulídis (CHY), Robert Abela (MALTE), Jacinda Ardern (NZ), Vlodomir Zelinsky (UA), Van Der Leyen (UE). Tous propulsés sans expérience au plus haut niveau, pubères en politique, à l’âge de 34 ans pour les plus jeunes et de 45 ans pour les plus vieux.
En 2024, tous ceux-là faisaient face à des joueurs d’échecs et de Go roués et stratèges, adossés à des traditions et des cultures revendiquées, soucieux de leur Pouvoir illusoire sans leur Nation et leur Peuple, échaudés par les duplicités adverses et connaissant, pour la plupart, le prix de la misère et du sang. Poutine, Xi Jing Ping, Modi, Lula, Erdogan, Raïssi, Al Saoud, Sissi, Mohamed VI, Tebboune, Aliyev, Maduro, López Obrador, …

En 2024, les Rastignac fraîchement émoulus, ignares des millénaires qui ont forgé l’histoire des établissements nationaux dont ils se trouvaient momentanément chefs-titulaires, faisaient face aux souverains matures de vieilles nations qui, au gré des excès de confiance des poltrons et à l’avantage des efforts de leurs peuples, s’étaient tacitement jurés de ne plus rien céder aux Tartuffes à cravates et chemises blanches.
Alors oui, ces souverains n’étaient pas les copies conformes du standard « conseillé » par le magistère moral occidental. Pour eux, l’immaculée démocratie imposée à coups de bombes et de massacres en Irak, en Libye, au Kosovo, au Vietnam, en Afrique, en Amérique du sud avait fait long feu. Et pour leurs peuples aussi. A choisir, mieux valaient la croissance économique et des perspectives d’avenir que la moraline atone des redresseurs de torts sanguinaires.
L’égalité des ventres pleins avant l’égalité des droits du citoyen. D’autant plus que peu à peu, à force de travail et de détermination, les deux leur devenaient accessibles sans plus avoir à choisir.
En 2024, les lignes de partage étaient enfin claires.
D’un côté, les pays globalistes, de l’autre, les pays souverainistes.
D’un côté, les Mondialistes dont la Nation est support, prétexte, instrument de marché, base arrière, de l’autre, les Patriotes pour qui la Nation est Bien suprême.
Cette partition était une notion enfin acquise à la conscience de tous, décrite dans de maints ouvrages. Les Anywhere et les Somewhere de David Goodhart, les Urbains et les Périphériques de Christophe Guilluy, les Profiteurs et les Producteurs de Tatiana Ventôse, « les gens qui réussissent et les gens qui ne sont rien » de Macron. La Lutte des classes n’était plus circonscrite aux seuls marqueurs économique et pécuniaire mais s’étendait désormais au sentiment d’appartenance nationale.
La partition se définissait par opposition entre ceux qui n’ont que faire de la Nation (« un pays est un hôtel » – J. Attali / « nationalité portable » – B. Anderson ) et ceux qui vivent, en leur terre, la Communauté de Destin chargée d’émotion charnelle et de mémoire partagée décrite par Ernest Renan.
Ainsi en 2024, des mercenaires sans attaches revendiquaient pour leur « camp du bien », toutes les vertus démocratiques forcément merveilleuses, tandis que les « méchants dictateurs illibéraux » se positionnaient en remparts d’une « Terre à défendre ».
Par une inversion d’une insondable perversité, les « impies » se réclamaient du Droit divin par le truchement d’une démocratie foireuse, tandis que les « croyants » en leur terre et leur peuple se voyaient voués aux enfers pour péché de ferveur patriotique par les Torquemada de la doxa mondialiste.
Terre à Vendre contre Terre à Défendre, voilà où se situait la ligne de front planétaire au début des années 2000.
L’ère de la prise de décision
Et puis en 2025, les Américains ont élu D. Trump.
Paradoxalement, du pays-sanctuaire de la Terre à Vendre surgissait un homme d’affaire, dealer et négociateur invétéré, prêt à rejoindre les étendues de la Terre à Défendre.
A quelle alchimie allons-nous assister ?
A ce stade, l’histoire n’est pas encore écrite mais ce que l’on peut dire c’est qu’en quelques jours,… rien n’a changé… et tout a changé.
Rien n’a changé.
Évidemment, les industries, les usines, les mines, les capacités de production, les lignes commerciales, les transports… n’ont pas changé. Rien n’est monté en flèche, rien ne s’est effondré… pas même du côté du grand casino boursier.
Pourtant tout a changé. Comment, par quoi ?
Par la seule volonté et la simple capacité de prendre des décisions.
Trump et son équipe ont tout benoîtement affirmé leurs objectifs et pris les décisions qui s’imposaient. Et ensuite le mouvement s’est enclenché.
Certains mouvements de surface paraissent brutaux mais les mouvements les plus importants sont ceux qui ne se voient pas, les engrenages sous le capot, les mouvements d’horloge lents et réguliers.
Malgré l’inertie du paquebot, les moteurs ont mis les gaz et le bruit sourd des turbines s’étend le long de la coque.

La comparaison avec le rafiot européen devient plus cruelle jour après jour.
Les cales européennes sont à sec et où que se dirige l’esquif, il s’enlisera dans les friches industrielles et agricoles creusées continûment par les eurolâtres fous de marché libre, de frontières béantes, d’escrologie punitive, de contrôles totalitaires, de fascisme par les normes, d’immigrationnisme malveillant et d’intolérance inclusive.
Il s’enlisera d’autant plus profondément que la structure UE n’est pas construite sur une culture de la décision mais – selon les canons affichés – sur la culture du compromis. Compromis assorti de compromission, de concussion et de corruption dans une agora pléthorique de fonctionnaires bureaucrates, étrangers à la performance et handicapés de l’efficacité,… sauf à savoir ventiler des budgets entre officines, lobbys, ONG, partis politiques, syndicats et autres associations, non sans s’oublier soi-même dans cette généreuse tournante sonnante et trébuchante organisée avec l’argent des autres.
Bientôt le Radeau de la Méduse sera la meilleure allégorie de cette UE pathétique où la Terre à Vendre se sera dérobée sous ses escarpins vernis, crottés du fumier dont renaîtront les Nations qu’elle déteste tant.
Trump, donc, se place aux côtés des Défenseurs de Terre.
Mais pour lui, il semble qu’il ne s’agit plus de vendre ou de défendre, mais de faire.
Le parti de Trump, c’est le mouvement.
Il doit « faire » comme le fermier qui investit son exploitation tenu par l’urgence de la saison qui vient. Du toit aux abreuvoirs, des clôtures aux semis. Une fois la grange réparée et les premiers épandages terminés, il sera alors temps pour lui de Défendre.
Et il sait que pour les Défenseurs de Terre, défendre c’est produire.
Ne jamais vendre sa terre, mais vendre ce qu’elle produit. Une évidence que les Vendeurs de Terre n’ont jamais comprise parce qu’ils ne connaissent pas le passé et n’envisagent l’avenir qu’à très court terme.
Ce n’est pas un hasard si la plupart des Rastignac pré-cités n’ont pas d’enfants ou sont LGBT pratiquants. Ils n’envisagent l’avenir qu’en regard de promesses de rendements rapides et de jouissance immédiate.
Le temps est certainement ce qui différencie le plus les Vendeurs des Défenseurs.
Les Défenseurs sont sensibles à la fois à l’urgence et au temps long. Ils sont sensibles aux nécessités relatives au temps parce que c’est affaire de survie, de subsistance et d’investissements vitaux.
Les Vendeurs, pour la plupart, peuvent procrastiner jusqu’à identifier une nouvelle perspective de rentabilité ou de jouissance. Le temps est à la mesure de leur Présent ; éventuellement à la mesure de la durée d’une manœuvre opportune pour un gain.
Mais il n’y a personne de plus redoutable qu’un Vendeur sensible au temps long. Capable de ronger une charpente ou de gâter une récolte, il est maître en pénuries spéculatives et en capture de clientèles sous la menace sanitaire ou sécuritaire.
Mais l’artifice est désormais éculé.
Trump, Poutine, Xi, Modi, etc. ne sont plus dupes (s’ils l’ont jamais été un jour). Mais aujourd’hui leur message est passé. Le « narratif » est entre leurs mains.
Les décisions peuvent être prises désormais sans dissimulation, les orientations sont limpides, les objectifs définis.

Surgit évidemment à la suite de cet exposé la figure de Cincinnatus, le Guerrier Paysan, le défenseur de la terre et son exploitant. Celui qui protège et qui nourrit. Celui qui se voue à l’essentiel.
C’est ce qu’ont fait Poutine qui a redressé en 20 ans un pays ruiné par un siècle de communisme, Xi à la suite de Deng Ziao Ping qui ont hissé la Chine aux premiers rangs mondiaux après un demi-millénaire de misère, De Gaulle au sortir de la seconde guerre entenaillé entre les appétits anglo-saxons et les dévastations du pays, Churchill vainqueur malgré les collaborations de la haute bourgeoisie anglaise, Ben Gourion, Nasser, Gandhi, Mandela, Roosevelt, etc…
2025 commence et nous distinguons déjà lesquels sont Défenseurs de Terre et lesquels sont là pour la vendre à leur égoïste profit.
Merci Jean-Charles de cet article à la fois pertinent et rafraichissant.
Merci pour cet article. La différence est vraie entre les deux camps. Toutefois, ils se rejoignent dans la conquête de nouvelles terres / territoires…