Il était une fois, Kyle MacDonald, jeune canadien. Un jour, il échangea un trombone rouge contre un stylo en forme de poisson. De là l’idée lui vint de continuer à échanger des objets pour toujours obtenir « mieux ».
Alors, de fil en aiguille, il troqua un bouton de meuble en forme de visage souriant, puis le bouton contre un réchaud de camping, le réchaud contre un générateur. Vinrent un fût de bière, un néon Budweiser. puis une motoneige, un contrat d’enregistrement de chanson, un après-midi avec Alice Cooper. Finalement, un producteur de film lui offrit un rôle dans le thriller Donna on demand. Et pour finir Kyle échangea ce rôle… contre une maison.
Kyle écrivit un livre, fit une tournée mondiale et vendit les droits cinématographiques de son aventure.
Il fut médiatisé, encensé par la presse tout en restant « décontracté et chaleureux, refusant de devenir un modèle. » Définitivement génial, il déclare entre autres saillies démagogiques : « Plus que les objets et leur valeur matérielle, ce qui compte avant tout ce sont les hommes et les échanges d’idées. »
Mais ce qu’une personne non décérébrée doit retenir, c’est que ce gentil jeune homme a trouvé suffisamment de pigeons consentants pour transformer un trombone en maison. Ce qu’il faut comprendre est que l’esprit du temps a été capable d’en faire une star exemplaire, un modèle pour chacun avec la complicité de relais médiatiques lénifiants. L’esprit du temps a soumis les bienheureux spectateurs de ce conte moderne par la sape méthodique de leur jugement critique et l’extinction de leur regard objectif sur le réel.
Alors oui, ce n’est pas un complot, mais cette histoire véridique illustre la trame, la matrice sur laquelle prospère la barbarie contemporaine jouant de la naïveté et de la crédulité des consum-acteurs. Tant pis pour les pigeons qui n’auront pas même le loisir, ni même l’idée de déposer leur chiure sur le toit de cette maison, maison qui – cerise sur la marmelade de cervelle – est devenue un détour touristique pour beaucoup d’autres pigeons. Tant pis, donc, pour les pigeons qui l’ont bien mérité.
Nous vivons une époque formidable !!
Ainsi cette fable nous raconte Bisounours Land où personne ne veut de mal à personne, où la suspicion est non seulement amputée mais inenvisageable, où les intérêts contradictoires n’existent pas et où la perversion non plus.
Nul besoin de lourd complot pour montrer le décalage qu’il peut y avoir entre l’inconscience bienheureuse vendue en barres dans les kiosques et à la télévision, et les réalités sanglantes du monde.
« Les foules n’ont jamais eu soif de vérité. Devant les évidences qui leur déplaisent, elles se détournent, préférant déifier l’erreur, si l’erreur les séduit. Qui sait les illusionner est aisément leur maître ; qui tente de les désillusionner est toujours leur victime. »
Gustave Le Bon – Psychologie des foules (1895)