Les médias, fossoyeurs de la libre expression citoyenne


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Criminaliser les modes d’expression plutôt que de combattre frontalement les idées qu’ils transmettent est un des marqueurs les plus assurés des pouvoirs autoritaires sur les chemins de la dictature.
Réprimer directement les dissidents est trop voyant et rappellerait de trop identifiables procès politiques.


L’être humain est un animal social qui se construit par ses interactions avec ses congénères.

Ces interactions sont précieuses et constituent la base autour de laquelle se construit toute société. L’intensité et la fluidité de ces interactions l’enrichissent tandis que leur raréfaction et leur limitation l’appauvrissent.

Ce constat d’une grande évidence n’assure pourtant pas de la libre pratique de ces interactions.

Parmi elles, on conçoit tout ce qui permet aux individus de communiquer entre eux : verbalisation et langage corporel notamment.

D’expressions orales en histoires aventureuses, de danses rituelles en cérémonies religieuses, les interactions se sont complexifiées et, concurremment, se sont chargées de sens.

Et lorsqu’elles sont bridées par un quelconque pouvoir, ce ne sont pas elles qu’il veut réprimer mais le sens qu’elles portent. Pourtant ce sont les modes d’expression qui sont les premiers impactés par la répression.

D’ailleurs le cadre légal qui borne la libre expression intègre parfaitement cette hypocrisie, … comme si elle était préméditée et le cadre légal rédiger en conséquence.

« La loi du 29 juillet 1881 toujours en vigueur rappelle que la liberté d’expression ne peut être limitée que par les dispositions applicables à

  • La diffamation publique

  • L’incitation publique à la haine et à la discrimination de genre, de religion ou de race

  • L’incitation publique à commettre des délits ou des crimes et si elle est suivie d’actes,

  • Des outrages publiques aux bonnes mœurs« 

Nulle part ne sont mentionnés les moyens utilisés pour formuler ces entorses à la loi.

Pourtant, les pouvoirs – en France et ailleurs –, incapables d’assumer leur intolérance et leur autoritarisme grandissant, s’attachent à stigmatiser, criminaliser les formes d’expression plutôt que de se référer aux intentions qui les motivent.

Ainsi, on va interdire des manifestations, des prises de parole publiques, des regroupements, des distributions de tract, des surfaces d’affichage, des éditions de gazette, des émetteurs radio, des réseaux sociaux et des sites internet plutôt que d’attaquer le cœur même de ces expressions : leur sens, leurs intentions, leurs raisons.

A un pouvoir intolérant, s’offrent deux options :

  • soit s’exercer à attribuer aux « dissidents » un des 4 motifs sus cités

  • soit jouer d’hypocrisie et déclarer hors règlement (et pas forcément hors la loi) les moyens d’expression – généralement sur la foi d’injonctions de trouble à l’ordre public ou de précautions relatives à la sécurité -.

Le procès politique est un exercice de triste mémoire bien trop identifiable pour un pouvoir qui se prétend démocratique et « défenseur » des libertés. Des procès politiques représenteraient, par leur seule évocation, un aveu bien trop risqué s’ils étaient révélés comme tels aux yeux des citoyens jaloux de leur insouciance, citoyens qui continuent aveuglément, souvent par confort, à « faire confiance ».

Jusqu’à présent la perspective d’alternances politiques faisait écran et désamorçait toute velléité de dissidence par trop radicale, rendait même celle-ci outrancière et illégitime. « Vous ne pouvez pas dire que nous ne sommes pas en démocratie ! La preuve, il y a les élections ! ».

Mais ces pantomimes jouées à périodes régulières ont fait long feu et le stratagème s’est éventé à force de trahisons. La caste politique est unifiée (comme l’atteste crûment le « ni gauche ni droite » mortifère du petit monarque français) et ne peut plus prétendre au jeu de rôle auquel elle ne croit plus elle-même (si elle l’a cru un jour).

Fort de cette hypocrisie de plus en plus prégnante, le pouvoir, dans sa fuite en avant, s’est trouvé opportunément un ultime dérivatif pour justifier de son soutien inconditionnel à la liberté d’expression : les médias. Un dérivatif qui lui aussi fait peu à peu long feu. Mais cette autre pantomime semble encore tenir son rôle grâce au désir panique des citoyens de ne pas voir s’écrouler ce envers quoi ils ont voué tant d’espoir, tant d’attention buvant les messes informatives de leur nouveaux prêcheurs. Comment renier ces heures passées en l’église médiatique, devant leur télé ou à lire leurs bibles quotidiennes ou hebdomadaires.

Pourtant chacun sait, même si on se refuse à en envisager les conséquences vertigineuses, que la quasi totalité des médias est entre les mains d’intérêts très intéressés.

Revenons à la liberté d’expression citoyenne. Une simple requête sur internet démontre que la notion de liberté d’expression citoyenne a quasiment disparu des réponses obtenues, au profit de la liberté de la presse et des médias. Dès lors que l’on parle de liberté d’expression, la réaction commune est de penser que l’on parle de presse ou d’audiovisuel.

On constate le même phénomène dès lors que l’on scrute les articles de loi, pléthoriques en matière de liberté de la presse, étiques en matière de liberté d’expression des simples citoyens (droit de manifestation et d’affichage).

La liberté d’expression n’est plus que médiatique comme si les médias étaient un domaine réservé et suffisant pour accueillir cette liberté essentielle.

La liberté d’expression du citoyen est désormais réduite au seul bulletin de vote, viatique dérisoire mais « vendu » comme un privilège inestimable.

Aux médias de s’accaparer le reste, TOUT LE RESTE !


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