La décision des juges qui permet en définitive la candidature de MLP était prévisible.
Les conséquences de cette configuration sont catastrophiques pour le RN, avec ou sans les modalités particulièrement perverses qui imposent à MLP le port d’un bracelet électronique durant la campagne (et les 100 000 € dont personne ne parle qui vont grever le budget de campagne !).
Ces conséquences sont catastrophiques parce les 10 mois d’attente du jugement définitif ont mécaniquement creusé une scission dans l’électorat RN… et au-delà.
Un schisme entre ceux qui s’étaient fait à l’idée d’un Bardella candidat et ceux qui souhaitaient le retour en grâce de MLP. Un schisme irréductible, même pour les plus pragmatiques d’entre eux.
Option 1 : MLP reprend le flambeau de la candidature ; les Bardellistes lui en voudront et bouderont peut-être leur soutien.
Option 2 : Bardella reste candidat ; les « légitimistes » crieront à la trahison !!
Les deux auront beau manifester leur solidarité mutuelle, dans un cas ou un autre, il y aura toujours des électeurs pour regretter, critiquer, ou pire répudier le candidat restant et/ou blâmer celui (ou celle) qui se sera défaussé.
Les discours de Liévain exprimaient en creux les termes de ce piège.
Une inéligibilité de MLP aurait eu le mérite de fixer la situation dans des contraintes comprises de tous.
Mais là ! il va s’agir de désigner celui qui se défaussera. La balle est dans le camp du RN.
On imagine le dilemme.
Pile ou Face ? Évidemment que non.
En exagérant, mais pour bien faire comprendre :
1 – Bardella se défausse ?
Ses supporters honniront MLP pour avoir fait jouer son nom et/ou conspueront leur champion pour s’être « dégonflé ».
2 – MLP se défausse ?
Ses supporters honniront Bardella soupçonné d’être un cheval de Troie du système et/ou conspueront leur championne pour s’être « dégonflé ».
Les narratifs sur le mode du sacrifice à la cause ne convaincront que très peu d’électeurs tant l’émotion a pris la maîtrise des débats politiques (tout bord confondu).
Plus que la décision finale, c’est le délai antérieur à cette dernière qui a servi de pourrissement de la situation. Sans ce délai, Bardella n’aurait pas eu le temps d’être adoubé par les militants. Sans ce délai, les médias n’auraient pas pu le vendre comme un successeur légitime.
Ce délai a donc été d’une efficacité redoutable pour le travail de sape de la cohésion du RN et du « camp national » élargi.
Mais ce n’est pas terminé !
Les adversaires politiques vont se délecter du dilemme, puis de la décision qui en découlera et jubileront au spectacle des dissensions qui ne manqueront pas de s’exprimer pour le plus grand avantage du « camp du bien ».
Marine Le Pen semble avoir anticipé le piège. Sa déclaration où elle déclare ne pas vouloir entrer en campagne avec un bracelet électronique à la cheville le laisse supposer. Et certaines intonation du discours de Liévain le laisse aussi entendre.
Les jours qui viennent nous donneront la réponse.
Quoi qu’il en soit, sans vouloir idéaliser le scénario, la séquence qui vient, où le candidat RN sera désigné, confine à une sorte de tragédie grecque. Elle aura un côté épique pour leurs acteurs, et s’ils le veulent, ils pourront en tirer avantage… puisque tout est devenu histoire de « narratif ».